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14 septembre 2025

La manifestation oubliée

Mémoires d’un Homme Simple

 

           Le cortège avait démarré en haut du boulevard Saint Michel, vers Port Royal, il avait longé les jardins du Luxembourg en passant devant l’institut d’Art et d’Archéologie et se déroulait en prenant une ampleur imprévue. Lorsque je me retournai, à la hauteur de l’espace Soufflot, la rue était pleine de monde et on n’en voyait pas la fin. Des groupes attardés surgissaient derrière le Panthéon et rejoignaient la foule, surtout des jeunes gens, étudiants sans doute mais aussi des bandes de femmes rieuses et décidées venues des banlieues, elles étaient sorties du métro Odéon et avaient remonté les rues secondaires pour trouver le défilé. Leur masse colorée piétina en scandant des slogans jusqu’au carrefour avec Saint Germain qu’elle emprunta. On passa devant les librairies, PUF, Gibert, sans même un regard, plus bas on négligea Maspero, le site accueillant où moi-même et mes semblables avions passé tant d’heures à feuilleter les livres, érotiques et autres, que nous ne pouvions acheter.

         La foule était mélangée, les hommes nombreux bien que minoritaires. Au loin, devant, un groupe compact de femmes sur plusieurs rangs entonnait les slogans que reprenait la troupe en chœur : maintien du planning familial, développement de la contraception, abolition des lois criminalisant l’avortement. Ces lois n’étaient plus appliquées mais avaient coûté la vie à nombre d’entre elles, continuaient d’en faire des mineures dans un monde en pleine évolution. Sans doute avait-on là, en gestation, ce qui allait devenir le Mouvement de Libération de la Femme, le fameux MLF qui deviendrait assez vivant pour faire trembler les quartiers chics et faire bouger la France entière en faveur du droit à la contraception et à l’avortement. L’avocate Gisèle Halimi se comptait parmi elles. Les slogans prônant la pilule, la liberté pour chacune d’user de son corps comme elle l’entendait s’enchaînaient.

        De manière inattendue les bandes de femmes transpiraient la joie, l’attente de jours meilleurs. Une ambiance inconnue dans les manifestations revendicatives auxquelles je m’étais habitué, après mai 68 c’est la morosité qui dominait. Eh bien là pas du tout, certaines chantaient les slogans ou les mimaient, les mots d’égalité et d’amour faisaient écho aux fenêtres ouvertes des bureaux et des habitants du boulevard, sortis pour regarder passer des cohortes de jeunes femmes déterminées à contrarier le sort qui leur était promis.

        Elles passèrent devant l’église Saint Germain des Prés sans la moindre chance de percevoir la litanie des chants grégoriens qui habitaient l’édifice, pas un regard ne s’égara non plus du côté des Deux Magots, leurs voix avaient plus d’importance que celle de Sartre et de ses amis habitués de la brasserie, tous absents de la guerre des mœurs pour cause de gauchisme prochinois.

         Plusieurs dizaines de milliers. Depuis mai 68 je n’avais jamais vu ça. Sans doute après la fin des évènements, leur échec peut-être, un mouvement plus profond avait-il traversé la société, comme une renaissance suivant le départ du général de Gaulle. On était en 1969 en fin d’après midi. J’ai eu beau chercher je ne trouve pas trace de ces cortèges sur internet. Sans doute faudrait-il remonter à la presse de l’époque. En tout cas ils ont bien eu lieu. J’y étais.

         Nous défilâmes en sifflant devant l’Assemblée Nationale protégée par des files de policiers et le groupe de femmes qui  menait la troupe vint buter sur des cordons de CRS qui barraient le pont de la Concorde et empêchaient toute intrusion rive droite. Après avoir longuement parlementé il fallut se disperser sous les huées lancées aux barrages. Interdiction de déranger les beaux quartiers avec des troubles de femmes opprimées.

             

                                               *

 

         Pourquoi je m‘en souviens ? Pourquoi je tiens tant à en reparler ? C’est que depuis de nombreux mois les annonces bien pensantes se multiplient dans le but de sacraliser l’IVG. On l’a même inscrite solennellement dans la constitution contre l’avis des  responsables des partis de droite au Sénat.

         Dans le même temps une campagne de presse, journaux et médias audio, attribue à Madame Veil un rôle quasi exclusif dans l’abrogation de lois criminelles et l’adoption de mesures libérales. Je n’ai rien contre Madame Veil mais je suis en colère  contre cette supercherie ! Pour avoir soutenu dés sa naissance le mouvement des femmes réclamant la liberté d’user de leur corps je conteste l’interprétation fallacieuse de cet événement.

         « L’événement », c’est justement le titre d’un ouvrage qui décrit la galère d’une jeune fille enceinte pour avorter quelques années précédant la manifestation dont il est question. A l’époque on n’entendait guère Madame Veil. Il fallut paraît-il que Giscard, sentant le mouvement de l’opinion, lui demande de s’en saisir. Elle eut alors un rôle indéniable à l’Assemblée pour faire basculer assez de députés de droite, une fraction pas tous, pour obtenir le vote de la loi.

        Sa réelle sincérité n’est pas en cause mais un mouvement profond de la société, sans doute consécutif aux événements de 1968, avait fait avancer la cause des femmes sans elle. Les idées du MLF traversaient jusqu’aux beaux quartiers de la capitale. Il serait parfaitement injuste de ne pas citer dans cette affaire les milliers de militantes qui se sont engagées pour défendre leurs droits. Sans oublier qu’elles se retrouvaient souvent au tribunal pour avoir osé troubler la paix des quartiers de la rive droite.

        L’intervention de leur consœur dans les prétoires, l’avocate Gisèle Halimi, fit alors grand bruit. La presse a gardé aujourd’hui le silence sur son action. La pose récente de son effigie dans la capitale aux côtés de dix femmes célèbres, dont Simone Veil, ne répare pas cette injustice.

 

                                              *    

 

        D’injustice il en sera question tout au long de ces mémoires. Des épisodes de la vie sociale et politique que je vais reprendre je ne prétends pas détenir la vérité, simplement les raconter tels que je les ai vécus. On verra alors comme la relation la plus courante, parfois judiciaire, est éloignée des faits. Mes contemporains pourront vérifier sans peine s’ils n’ont pas  été abusés.

        Pour moi je cherche à  comprendre comment le pays béni de 40 millions d’habitants de ma jeunesse a pu devenir cette nation étouffée, morcelée en clans prêts à en découdre, une dette abyssale dont aucun ne sait comment venir à bout, un environnement dégradé sur lequel on continue d’user de droits de tirage excessifs, des banlieues en feu sur fond de diffusion de drogues de plus en plus nocives. Sans oublier que nous devrions accueillir 100 millions de visiteurs par an pour combler un peu de notre déficit commercial. La queue pour visiter la Tour Eiffel va encore s’allonger. Surtout, les salariés modestes vont trouver de moins en moins à se loger dans les centres villes saturés et hors de prix. Il leur restera les lotissements à la campagne au détriment des terres agricoles.

         Rien ni personne ne semble devoir arrêter la fuite en avant vers l’abîme. On le verra au travers des exemples qui suivent : chacun d’entre eux est un coup d’épingle contre la démocratie. A force de se voir défiguré ce mode de vie commun perd tout son sens. « Indignez-vous », écrivait il y a quelques années Stéphane Hessel dans un dernier message bienvenu. Je lui obéis.

        Pour moi les choses et la conscience des choses ont commencé il y a longtemps. Je les fais partir du 13 février1962 et de la démonstration unanime qui suivit la tragédie de Charonne. Rappelons les faits. Cinq jours avant une manifestation contre la guerre d’Algérie fut organisée à l’initiative du parti communiste. Cinq cortèges pacifiques sillonnèrent les rues du quartier Charonne, du nom d’un ancien village annexé par la capitale. Bien que fort éloigné des idées communistes j’avais trouvé utile de rejoindre l’un d’entre eux pour réclamer la fin des hostilités en Algérie.

        L’un des ces cortèges, par chance pas le mien, fut bouclé par les forces de police. Pour échapper au matraquage qui s’ensuivit de nombreux manifestants se réfugièrent dans l’entrée du métro Charonne dont la gare était fermée. Ils furent alors victimes d’un déchaînement de violences et de  projectiles qui fit 8 morts et 250 blessés. A l’heure où sont écrites ces lignes, plus de  60 ans après, personne, de la police au gouvernement n’a jamais revendiqué l’ordre d’accomplir ce massacre. Ainsi fut fait.

        Pas de responsable que des morts. Une émotion intense saisit les forces vives du pays qui  se rassemblèrent pour accompagner la dépouille des malheureux du métro Charonne.

        C’est ainsi que je me retrouvai avec ma mère, institutrice, sur la pelouse du bois de Vincennes. Avec de nombreux enseignants elle avait répondu aux appels de leurs syndicats, alors très puissants. Du haut d’une tribune érigée à l’entrée du fort de Vincennes, le Secrétaire Général de la FEN annonça  un million de participants tout en s’exclamant : « S’ils te mordent Morlaix » du nom de sa ville de naissance. Jamais le pays n’avait vécu une telle vague de protestation pacifique. Hélas, elle n’eut aucune suite.

        Dès l’automne le général de Gaulle s’empressait d’affaiblir le parlement en faisant adopter par référendum l’élection directe du Président au suffrage universel. De cette date je fais partir le déclin de nos mœurs politiques. Abusée, la majorité des citoyens de ce pays crut en l’accroissement de sa liberté de choix, quand le dirigeant autoritaire qu’on lui avait imposé parachevait son œuvre  de pouvoir personnel.

        Il est tout de même surprenant, au pays de La Fontaine, de  voir ainsi le peuple approuver tant de pouvoir dans une seule main. Esope, qui fut l’inventeur des grenouilles qui demandaient un roi, a dû s’en prévenir ! Soixante ans après sa naissance, le régime qualifié de monarchie constitutionnelle est à bout de souffle, dans l’incapacité de définir et communiquer une ligne de conduite à ceux qui voudraient agir pour le bien de tous.

        Je me  souviens que, lors de la passation de ce projet, un de mes professeurs s’éleva contre avec force dans les couloirs de mon lycée. Je doutai alors de ses propos, les trouvant excessifs, force m’est de reconnaître que le temps et l’expérience lui ont donné raison.

        Le général de Gaulle ne manquait ni d’autorité ni de vision mais c’était celles du passé. Il partit quand il vit que ses vues n’avaient plus de sens, nous laissant Pasqua et le SAC en guise d’héritage. Ceux qui l’ont suivi se sont contentés de l’imiter en utilisant les immenses pouvoirs qu’il leur a légués pour durer. L’imagination fut ailleurs mais surtout pas à l’Elysée. Sans broncher la France a ainsi basculé du côté de la bourse, puis de la désindustrialisation. Enfin, un taux de chômage incompressible accompagne sa mondialisation ratée.  Elle perd des places à tous les coups.

        Nos ingénieurs avaient pourtant inventé le Minitel qui a été anéanti par Internet et la puissance financière américaine.

        Pire, les Présidents issus de la gauche, lorsqu’ils accédèrent enfin au pouvoir suprême, se glissèrent placides dans les bottes institutionnelles avec le désir inconscient de rien changer. On vit ainsi Mitterrand, dont on apprend aujourd’hui qu’il était gravement malade depuis son élection, finir ses quatorze ans de mandat dans des écoutes illicites à caractère personnel. L’intelligence dévoyée est pitoyable. Sentiments mélangés, j’ai pourtant apprécié les perspicacités de l’homme qui craignait la puissance économique de l’Allemagne ou s’écria à juste titre : « les pacifistes sont à l’Ouest et les missiles à l’Est ». Je ne sais pas pourquoi sa fin, après avoir englouti des ortolans, un mets aussi rare que cher, me fait penser à la mort de Louis XV. Les courtisans avides de pouvoir étaient déjà loin.  

        Jospin cohabita si bien qu’il abandonna le pays aux lobbies des affaires. Ce mot : « l’Etat ne peut pas tout » lui valut d’être battu à la magistrature suprême par deux hommes de droite, l’un n’avait aucune intention de gouverner, l’autre de surtout ne rien bousculer après une élection miraculeuse. Ne parlons même pas de Hollande qui passa tant de temps et d’énergie à courir après une popularité qu’il ne rencontra  jamais. Il me rend triste.

        Plus on avance, plus on regarde ce qui vient, il devient évident que la planète ne supportera plus un modèle d’existence des hommes fondé sur la croissance des biens et le développement des populations. Sans pitié, sans rémission, les échéances se précipitent, qu’il s’agisse d’incendies, de canicules, d’ouragans ou d’inondations funestes. L’an dernier j’ai été frappé par la catastrophe d’Hawaï, quand les habitants se jetaient en vain à la mer pour échapper aux flammes spontanées de leur jardin. Au bord de l’eau les buissons s’enflammaient comme des allumettes, les nageurs mouraient asphyxiés ou brûlés.

        Il faudrait réduire d’urgence la voilure. La question c’est que ceux qui profitent le plus du monde actuel, ceux d’en haut, ne sont pas disposés à abandonner un iota de leur mode de vie pour le bien de tous. Quand ils ne nient pas tout simplement la réalité des catastrophes planétaires, ils expliquent doctement que ce n’est qu’un mauvais moment à passer, que les scientifiques vont trouver la solution. Mais il n’y a pas de solution, que celle de garder de l’espace pour planter des arbres et d’être plus sobres. Dans les mers on se baigne déjà dans des micro-plastiques sans le voir ni le croire. Les particules fines nocives sont partout.  

        Les femmes chinoises ont été les premières à réagir. Dans un pays où la natalité était en berne, les autorités crurent s’en sortir en libéralisant les naissances après les avoir contrôlées. Rien n’y a fait, la démographie chinoise est catastrophique, les générations vieillissent sans être complètement remplacées. La population pourrait diminuer de moitié à la fin du siècle sans que la jeunesse se porte au secours de ses dirigeants. Les conditions de vie et les contraintes autoritaires font peur. La dictature n’a pas d’autorité sur les enfants à naître.

        En Europe plusieurs pays, dont l’Allemagne, ont constaté une baisse de leur natalité. Contre toute attente, l’Italie de Mme Meloni accepte l’immigration légale pour ne pas pénaliser son économie. Le tour de la France est arrivé, le nombre d’enfants n’assure plus l’avenir. Pour clore  ce chapitre il faut ajouter que la baisse de la fécondité masculine due à la pollution s’aggrave. Seule l’Afrique semble devoir échapper au désastre. Pour le moment.

        En fait ne course-poursuite s’est engagée entre ceux qui veulent agir ou agissent spontanément en faveur du climat et ceux qui ignorent la question ou n’acceptent que des mesures indolores à la marge. Ces derniers ont pour l’instant le pouvoir. La planète n’attendra pas.

        Je reviendrai sur ce sujet avec quelques idées à la fin de cet ouvrage. En attendant place aux commentaires des souvenirs.  

 

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27 mars 2024

Volcans

                                                                                                   Eruption

      La mode est en Islande, c'est là qu'on voit les plus belles éruptions en ce moment. Tout le monde se précipite pour découvrir la différence. Manque de pot, certaines zones sont interdites à cause du danger et d'autres sont bouchées par les fumées. Pour le voyagiste l'important c'est d'encaisser le prix du séjour et tant pis si vous restez huit jours enfermé dans l'hôtel. A quoi servent des coulées de lave formidables si on ne peut pas y aller ?

          Il y a de quoi se demander si ces voyages moutonniers sont vraiment nécessaires.  Pour vérifier que la terre est encore chaude ? Sinon nous serions tous déjà morts. Pas la peine d'aller voir. Il y a environ 1000 ans l'Islande a dejà connu une invasion, des  barbaresques étaient venus du maghreb pour rafler des esclaves. Leurs razzias ont perturbé le pays pendant près de 60 ans. Puis ça s'est calmé. Aujourd'hui les visiteurs apportent de l'argent et sont les bienvenus.  Ils se baignent au milieu de la neige dans des sources chaudes. Pas certain qu'on puisse ainsi continuer de consommer la planète jusqu'à la fin des temps. Ou alors la fin est proche.

          Autrefois on se baladait sur les volcans des Cyclades ou bien on escaladait le Vésuve en attendant de voir Pompéi. Mis à part qulques fumerolles c'était tranquille. Tandis qu'en Islande on peut jouer à Voyage au Centre de la Terre au moindre coût. Tous les recoins inexplorés de la planète sont en vogue. Chaque badaud veut faire son petit raid au pôle et tant pis pour les derniers manchots.  Allez donc faire un tour à la hauteur des camps de base sur l'Himalaya, vous serez édifiés. Tous les grands hommes dont on lit les exploits dans les journaux ont laissé leurs ordures et du plastique.

           Un peu de modestie dans les comportements et une consommation sans gâchis nous sauverait peut être. A la condition d'y ajouter la baisse de la natalité. On va le dire au Président ? Aucune chance qu'il nous écoute. Il est occupé à résorber le chômage qui augmente quand même.

               On ne sait plus quoi faire. Et vous ? 

11 mars 2024

Démagogues

                                                                 Populistes       

            Ils sortent de l'ombre quand la démocratie est en péril. Des apprentis sorciers qui nous abreuvent de commentaires fallacieux. Les esprits les plus avertis ont du mal à s'y retrouver. Il ne manquait plus que l'intelligence artificielle, IA, soit de la partie, on peut ainsi imiter n'importe qui sans que la supercherie soit découverte.

            L'histoire est pourtant ancienne, quand la Grèce démocratique de Périclès s'affaiblit, Alcibiade apparut. Beau, intelligent, pervers, Socrate qui fut son amant-ami accepta de mourir tant il fut déçu de ce déchet de l'humanité et de la raison. Ce qui n'empêcha pas le général corrompu de continuer sa brillante carrière en se ralliant à Sparte, le régime militaire opposé à son peuple. Trahison ! Aujourd'hui les traitres ne sont même pas intelligents. Dans le concert des imbéciles Madame Méloni fait exception, elle a choisi son camp contre Poutine et pour son peuple. Chez nous les populistes se disputent à coups d'arguties pour lâcher les Ukrainiens.

                Alcibiade mourut assassiné après avoir erré chez divers peuples du pourtour méditerranéen qui croyaient en lui. Aujourd'hui  les démagogues ne risquent que de perdre les élections. Seuls succombent les opposants à Poutine. Le sort nous préserve d'un tel destin. Pour y parvenir il nous faudrait chasser les populistes. Rien n'est moins certain.

              Pendant que des tribuns agitent les baguettes magiques en Ukraine ou en Palestine, d''autres, les mêmes parfois, s'exercent en niant la crise climatique. S'il fait aujourd'hui 60° à Rio ils ne veulent pas savoir pourquoi. Dans les bureaux du capital on dit que déjà se prépare le coup suivant : comment maintenir les profits dans une planète surchauffée, menée par des dictateurs à leur botte. 

              Encore une fois le sort nous en préserve. Chassons les populistes !

21 février 2024

Gabriel

                                                                  Force de Dieu 

             En Hébreu, dont ce prénom est issu, il signifierait la force de Dieu. Le Président doit être content, bien que je doute que c'est pour ça qu'il l'a choisi. Pensez donc! L'un trônerait sur son Olympe élyséenne tandis que l'autre combattrait les démons dans l'arène.

                Il faut le reconnaître, je l'ai écouté à plusieurs reprises devant les agriculteurs,  le second dépasse le maître. L'aisance de la démonstration, la dialectique du discours, le choix des mots de consolation sont les mêmes. Ce qui change c'est la sincérité. On a le sentiment que Gabriel fera tout pour entreprendre et réussir ce qu'il promet. Inversement son patron s'est parfois trompé ou a plus d'une fois renié ses engagements, quand il ne tombait pas dans un mensonge obligé par omission. Dernier en date, et non des moindres, deux milliards d'euros enlevés au budget de l'écologie. 

            Utiliser, entre autres, l'environnement comme variable d'ajustement ce n'est pas l'idée du siècle. On peut prévoir que les insuffisance en la matière vont se traduire très vite en canicules, inondations, tempêtes climatiques. Peu importe, la politique de la courte vue satisfait tant de gens. Quand la ferme va crouler sous les dettes ou l'usine déposer le bilan on se fiche de ce qui arrivera après demain, et même demain.

              Il n'empêche, on vit au dessus de nos moyens. Enfin la plupart, et les autres ne veulent pas partager. Ils disent qu'ils ne sont pas assez nombreux. Lâchement les politiques se défilent, ne rien changer c'est leur devise. Une répartition différente des richesses, pas  question. Les plus riches ne veulent pas être plumés, même un peu. On les comprend, mais si on va dans le mur ils finiront bien par se cogner aussi.

              Le premier ministre, Gabriel, promet d'essayer. On voudrait le croire. Son talent fait merveille. Son habileté vient à la rescousse pour manoeuvrer parmi les écueils. Le crédit de sa sincérité est intact. La force de Dieu, c'est lui. Si rien ne change à qui la faute ? 

28 janvier 2024

Cingle

                                                                  Sinuosités

              Si l'on  en croit le dictionnaire le cingle ne serait qu'une sorte de méandre, un endroit où tourne le chemin. Chez moi ce n'était pas du tout ça, le cingle dominait la ville de toute sa hauteur, plutôt abrupte sur la fin. De quelque point que l'on se trouve dans la vallée on voyait le cingle. 

                    En haut il y avait une croix en bois. Je montais là une ou deux fois l'an, seul je rencontrais le plus souvent un lièvre qui trouvait un gîte commode au pied du bois, entre les genévriers. Quand j'approchais il s'enfuyait en dévalant la pente. Je me demande encore si c'était à chaque fois la même bête. Plus bas en sortant des prés, je tombais dans un bois clair de hêtres et de chênes d'où tombaient de grosses tiges de clématite. Certains jours, je restais là avec la boite d'allumettes empruntée dans la cuisine de la maison et je m'amusais à fumer ces pailles. L'air passe dans la tige qui se consume doucement. Le goût n'est pas terrible et c'est détestable pour la santé mais à l'époque on l'ignorait.

                  Un peu plus loin, avant la cîme il y avait des touffes de noisetiers assez épais. Une ressource inépuisable pour faire  des arcs et des hampes bien droites pour en tirer des flèches. Quand on tombait sur la bonne fourche on faisait des frondes avec l'élastique des chambres à air usagées. Les plus adroits s'entraînaient sur les supports en verre des lignes électriques. C'est pour cette raison qu'ils étaient tous abîmés.

                Un jour la municipalité a remplacé la croix de bois par un grand monument en béton à la gloire de la résistance. On était loin de la fin de la guerre, si la ville a subi une sévère déportation les résistants n'étaient pas si nombreux dans les collines. Sur le cingle il n'y avait toujours rien, que des lièvres et un enfant qui montait seul de temps en temps. Je compte pour rien l'aiguille de pierre au sud de la colline, qui date de près de mille ans. Aujourd'hui  c'est  un lieu pour touristes, à l'époque on ne la visitait même pas.

                 Sur internet quand je cherche mon cingle la machine ignore et me répond cinglé. Elle me prend pour un fou qui se trompe. Et dire que certains croient que l'intelligence artificielle, IA, va révolutionner le monde. Il suffit de couper l'électricité à votre  ordinateur pour vérifier que ce n'est qu'une machine sur laquelle on joue quand on veut.

                 Il ne faut pas trop jouer et garder du temps pour aimer, rêver, monter au cingle pour voir la ville d'en haut. Je crains qu'il n'y ait plus beaucoup d'oiseaux ni de lièvres.     

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15 janvier 2024

Méprise

                                                                  Oudéa-Castera
                             

               Il est interdit de tirer sur une ambulance. J'aurais voulu l'éviter mais la presse n'en finit pas d'accrocher des casseroles aux basques de cette pauvre femme. Je découvre maintenant dans les gazettes qu'elle aurait perçu 400 000 euros par an pour présider la fédération française de tennis. Dans le cas ou ce n'était pas suffisant pour payer les sirops grenadine de Madame une prime de résultats de 100 000 aurait été convenue. On ne sait jamais. On espère que les résultats étaient bons.

                  Il n'y a pas de quoi rire. J'ai failli renoncer à enfoncer les portes ouvertes et à énoncer des banalités. Puis j'ai pensé à La Fontaine, à Phèdre et Esope dont il s'est inspiré, ceux là ne craignaient pas de brocarder les travers évidents de leurs contemporains. Pourquoi ne pas les imiter ?

                     Oui. Madame Oudéa-Castéra a le droit de préférer l'enseignement privé au public. Il a d'ailleurs été subventionné pour elle et ses amis. Oui elle a le droit de résider dans un arrondissement parisien plutôt huppé et de percevoir des émoluments élevés pour des services sportifs que l'on dit éminents. 

                     En revanche on peut douter que ces qualités la désignent pour prendre la tête de L'Education Nationale, obtenir la confiance de centaines de milliers d'enseignants et de millions de parents d'élèves qui n'ont pas accès à l'enseignement privé. D'ailleurs elle ne l'a pas fait dire quand elle s'est exprimée sur les défauts présumés de l'autre école. 

                       On reste confondu par tant de franchise méprisante. Le dessus du panier entend bien rester dessus et dessous grenouillez et taisez-vous. Ah ! Qu'il va être dur de redresser la barre.

                  L'école manque de profs et de moyens. Nous attendons une surprise. Hélas! Elle n'est peut-être là que pour constater les dégâts.

11 janvier 2024

Sylvestre

                                                      Anne Sylvestre

              Cette chronique a pour but de saluer une chanteuse trop tôt disparue. Si vous espériez lire quelques phrases bien senties de passion pour les forêts, vous pouvez passer. Quoique. Un peu comme un traquenard au coin d'un bois j'ai manqué son dernier concert dans ma province pour une stupide erreur de calendrier.

               Anne Sylvestre c'était quelque chose. Elle chantait des fabulettes pour les enfants mais aussi l'amour des hommes en toute simplicité et égalité. Si vous ne connaissez pas allez donc voir sur internet. C'est un des avantages de la modernité, on y trouve Anne Sylvestre aux côtés de Brassens. De quoi se consoler des rappeurs et des chansons en Anglais auxquelles la majorité des auditeurs ne comprend rien.            

                 Ce dernier concert avait lieu dans une maison des jeunes transformée en centre culturel. J'ai des regrets pour le côté confidentiel de cette manifestation, presque une célébration. De nos jours la mode est au stade de France. Les spectateurs payent cher pour respirer l'odeur de leur voisin qui s'agite en cadence au  rythme de ce que les écrans veulent bien laisser voir. La vedette est au loin, invisible, inaccessible. Demain matin la presse vous fera découvrir son intimité dans le palace du coin. Rien n'est vrai mais ça se vend bien.

                      Dans le fond c'est une sorte de messe. L'important c'est d'être là avec les autres et de participer de vibrer avec eux, à l'unisson. Le hic c'est qu'on ne les connaît pas, on ne sait pas vraiment pourquoi ils sont là ni pourquoi il bougent en même temps. Et s'ils étaient vides ? Et si ce rassemblement n'avait pour seule raison que le fric ?

              Dans une de ses chansons  Anne Sylvestre dit adieu à son amant d'un jour : "devais-je crier Grégoire, Jean-Philippe ou Sébastien, vous aurez peine à le croire j'avoue que je n'en sais rien." Du temps ou l'on comprenait les paroles. Adieu Anne.   

30 décembre 2023

Houx

                                                                  Ilex aquifolium

                  Son nom scientifique est un peu barbare. Mieux vaut donc conserver le nom commun issu du fonds indo européen de nos langages, ce n'est pas si fréquent. Le houx est rare dans nos forêts, il a du mal à pousser, si vous en croisez dans vos balades de Noël soyez modeste dans la cueillette. Laissez à cette belle plante une chance de survivre.

                A la bonne période, en hiver, le houx arbore parfois de superbes boules rouges qui tranchent sur le vert de ses feuilles dentées et persistantes, ce qui lui vaut la réputation de favoriser l'éternité. Je ne sais pas si cette réputation est justifiée mais il ne faut pas goûter ses baies, elles pourraient vous mener tout droit au cimetière. En revanche pour le bal un soir de réveillon, c'est parfait. Vive la tradition.

                  Quand vous  criez "Hou" sous le gui sachez que cette onomatopée n'a rien à voir. D'ailleurs on peut toujours crier, le premier des responsables, le Président est content, il ne va rien changer ou pas grand chose. Promis! D'ailleurs il a raison, ce n'est pas un si mauvais économiste et quoiqu'ils en disent je ne vois pas lequel (laquelle) aurait fait mieux. Bon pour le logement, l'école ou l'hôpital, il s'en fout, c'est secondaire et il a tort.       

                  Ne parlons pas de l'Ukraine, il a mis du temps à comprendre mais il y est. Le Moyen Orient ? Il peut toujours causer, il ne peut rien faire et nous non plus.

                  Voilà, on change d'année. Pas terrible pour beaucoup d'entre nous. On dit que nous étions un million à avoir franchi les contrôles de police pour admirer le feu d'artifice sur les Champs Elysées. On se console comme on peut.  

21 décembre 2023

Agnostique

                                                      Inconnu

                 Il paraît que les athées fréquenteraient volontiers les églises pour méditer ou se recueillir. Je n'ai rien contre les temples, les synagogues ou les mosquées mais je ferais volontiers comme eux, sans doute question  d'architecture. Tant de monuments prestigieux ou simplement agréables dans nos villages, dommage de ne pas s'en servir.

                 L'abbaye cistercienne que je fréquente, Blauvac pour ne pas la nommer, vaut le déplacement. La beauté de son église, pourtant moderne, invite à la paix et la sérénité, on en a bien besoin par ces temps troublés. Les moniales ne vous en voudront pas de ne pas faire le signe de croix si, par courtoisie, vous vous levez avec elles à l'office.       

           Selon un étude récente parue en France une bonne moitié de nos concitoyens ne croirait pas en l'existence d'un Dieu. Agnostique ou athée tout vient du Grec, sans que ce soit sa faute. Le premier terme lui aurait été emprunté par un philosophe pour qualifier ce qu'on ignore, l'inconnu, le second sert à définir le refus de l'existence d'un créateur de  l'univers.

             Jusqu'à une période récente on pouvait toutefois imaginer que le big bang était le départ de quelque chose. On ne voyait rien au delà d'un trou noir qui absorbait la matière, l'univers aurait donc commencé dans une déflagration et semblait en expansion, la terre s'éloignait du centre. Balivernes que tout celà!

            Les scientifiques ont eu la bonne idée de mettre un observatoire en orbite, en fait un radio télescope qui écoute les étoiles sans les écrans terrestres, et tout est par terre. On vient de découvrir qu'il y a plein de trous noirs et de la matière au delà. En résumé l'univers serait plus infini qu'il n'y paraît, plus éternel qu'on le pensait, plus mystérieux qu'un petit mammifère appelé homme ne parvient à le concevoir.

             La question c'est qu'on ne peut aller voir. Contrôler quoi! La matière sera encore là quand la terre se refroidira et qu'on ne pourra plus passer Noël à randonner en Islande. Espérons que d'ici là on n'ait pas rendu ce monde inhabitable. Nous en sommes capables.

               Finalement fréquenter les églises et tous lieux propices à méditer, ce n'est pas si mal en ces temps d'Avent.             

16 décembre 2023

Carmes

                                                    Carmel

                         Le mont Carmel d'où est issu ce nom s'élève non loin de Jérusalem, patrie des grandes religions . Bien avant l'actualité contestée et contestable de ces lieux de guerre, il a donné son patronyme à un ordre religieux qui a traversé la mer pour fonder de nombreuses églises. C'est ainsi que ma jeunesse fut bercée par les cloches des Carmes.

                 A l'origine les Carmes n'étaient pas déchaussées, c'est ainsi que l'ordre fonda ma petite ville le long du ruisseau de la Curie, c'est du moins ce qu'on raconte. On dit aussi que cinq siècles plus tard Saint Thérèse d'Avila enleva ses chaussures pour se convertir à l'ordre et mettre des sandales, ce qui permit à Dumas d'inventer un fameux morceau de bravoure aux Carmes déchaussés...de Paris.

                Si vous n'avez pas eu le bonheur d'être réveillé au petit matin par les cloches des Carmes, je vous plains, vous avez beaucoup perdu. L'hiver, pendant que retentissait le carillon du sonneur, toujours le même, on s'enfonçait sous les couvertures pour gagner quelques secondes avant d'affronter le froid. En ce temps là on ne chauffait pas les chambres. L'été, on dormait moins, on entendait parfois le train de cinq heures qui rentrait en gare en arrivant de Paris. Il réveillait la moitié de la ville, toujours exact. On savait alors qu'on avait deux bonnes heures pour bâtir rêves et châteaux avant la cloche des Carmes. Maintenant c'est l'autobus qui a remplacé le train. Hélas! Il restait une belle gare de l'autre siècle, elle a brûlé.

              En mai, aux Carmes on fêtait le mois de Marie. L'église embaumait des corbeilles de lilas, coucous et jonquilles, déposées par les mamans, premières fleurs odorantes. Le soir après le repas les filles avaient la permission exceptionnelle de sortir jusqu'à la fin du jour. Elles venaient en groupe de deux ou  trois avec leurs plus belles jupes sous lesquelles valsaient des mollets de danseuses. Les garçons chantaient des cantiques avec elles en se demandant si les seins qui pointaient sous les corsages étaient vrais.

                     En mai, aux Carmes, premiers émois.

9 décembre 2023

Cathèdre

                                                      Notre Dame  

                    La cathèdre n'est que le siège d'un évêque. De nos jours pas vraiment important sinon qu'ils nous ont légué au fil du temps les cathédrales. Reims en partie détruite par la guerre fut reconstruite, à Paris Notre Dame a brûlé on ne sait pourquoi, sans doute un mégot ou un court circuit.

                     Quand j'ai vu les flammes qui dévoraient cette noble charpente je voulais participer à son maintien en faisant un don à la mesure de mes moyens. Pas la peine. J'ai très vite appris de la part des gazettes que Bolloré puis Arnaud et quelques autres faisaient assaut de primes au montant pharamineux, allant même jusqu'à faire savoir qu'ils renonçaient à bénéficier des avantages fiscaux dont profite le peuple. Ah, les braves gens ! Ne voulant pas me mêler à si belle compagnie j'ai aussitôt reporté mon don sur les restaus du coeur et des gens sans importance comme moi. Ils ont eu l'air contents.   

                  Une belle occasion perdue de susciter l'enthousiasme des citoyens. Va savoir ! Ce n'est ni la première ni la dernière. Aujourd'hui la flèche resplendit à nouveau dans le ciel parisien. Faut dire qu'elle a de l'allure, avec ou sans le coq dont je ne sais pas trop s'il a été inventé par Viollet-le-Duc. 

               Il y a tant de trésors ignorés qu'on découvre dans ce monument et on ne regarde que la flèche. Merci quand même à Viollet de nous l'avoir rappelé, c'est maintenant le tour de tous les farceurs qui veulent se faire un coup de pub.

                Esméralda ou Hugo, héros de Notre Dame populaire que nous aimons, ne leur en voudront pas. 

30 novembre 2023

Romans-sur-Isère

                                                                  Antienne

                     C'est devenu l'antienne à la mode, quelques jeunes gens et moins jeunes, issus de la droite extrème ont défilé à Romans en chantant des refrains à la gloire de leur pré carré. Aussitôt toute la presse s'est mise à bruire, certains voyant dans ce raout une saine occupation, d'autres une provocation menaçant la nation.       Du calme a-t'on envie de leur dire. 

                 La dernière fois que j'ai séjourné à Romans je n'ai pas vu d'émeutes ni plus de racistes qu'ailleurs. C'est une ville de moyenne importance avec un centre ville agréable, assez vaste pour respirer et se promener. Le problème c'est son taux de chômage élevé depuis qu'elle a perdu le titre de capitale de la chaussure et les usines qui allaient avec.                                                                                                                Forcément les banlieues ne sont pas terribles, comme toutes les banlieues pauvres, mais les habitants ne sont pas responsables du chômage, pas plus qu'ailleurs.

                A Romans je faisais un stage de chant grégorien. La mairie généreuse nous offrit un local inoccupé pour répéter. Nous avons chanté dans plusieurs églises et sans mentir je n'ai pas vu la queue d'un raciste anti blanc à l'horizon. D'ailleurs la choriste avec la plus belle voix de notre troupe était une métisse fort belle.    Ce jeune de 15 ans qui a perdu la vie dans une querelle de bal n'aurait jamais dû disparaître, rien ne prouve qu'il s'agisse d'autre chose au moins jusqu'à la fin de l'enquête. Certains, heureusement peu nombreux, sont pressés à tort d'en découdre. Que celui parmi eux qui n'a jamais dit de bêtise, jette la première pierre. 

                La mairie toujours généreuse nous permit de faire un concert dans l'abbatiale. Romans n'a pas de cathédrale mais nos chants grégoriens et l'acoustique du choeur la valaient bien. Dans une salle à part pour des raisons de conservation face à l'humidité, des tapisseries monumentales du 15ème au 18ème sont tenues secrètes. Nous avons chanté là au milieu des trésors du passé, en compagnie d'une belle immigrée.

                 Si vous passez par là faites vous montrer ces merveilles. De quoi passer à tous l'envie d'en découdre.

22 novembre 2023

Trève

                                                      Résipiscence

                      Littéralement celà voudrait dire revenir à la raison. De quelque bord qu'ils soient, les auteurs de la trève décidée ce jour à Gaza ne sont pas près de reconnaître leurs fautes pour venir à résipiscence. C'est déjà ça mais la décision ne cache pas leurs arrière-pensées. Le temps est suspendu, le monde cesse de respirer jusqu'en Thailande.

                    En Israël les extrémistes n'ont accepté de cesser bombardements et destructions que parce que l'opinion de leurs concitoyens les obligeait. A Gaza les soi-disant combattants du Hamas font leur publicité sur le dos des otages qu'ils n'ont aucune raison de détenir, que la barbarie d'une situation intenable, aussi intenable que le sort de milliers de palestiniens pour la plupart arrêtés pour avoir simplement protesté contre les exactions dont ils étaient victimes.

                    Que dire ? Que faire ? Sans doute les protestations contre l'absurdité de la violence ne changeront rien à la détermination des jusqu'au-boutistes, mais il est des moments où le silence est coupable, parfois complice. Au moins, même s'il fallait en pâtir, avoir le courage de faire entendre la voix de la raison.

                Nul n'a l'intention de quitter de son plein gré la terre de Jérusalem. Deux peuples, deux Etats, pourquoi pas ? Les palestiniens s'honoreraient d'accueillir la démocratie. Les juifs seraient bien avisés de rabattre leurs prétentions excessives.  

                        Peuples à vous d'imposer la résipiscence, une autre option n'est pas tenable.     

4 novembre 2023

Jordane

                                                      Jordanne

               C'est un prénom très ancien qui aurait son origine dans la province du Jourdain au Moyen Orient. Avec le redoublement de la lettre n c'est  la rivière qui passe à Aurillac. Rien à voir avec son origine ni avec le prénom d'une amie chère, ça fait des années qu'aucune fille ne l'a porté. Ou alors elle serait âgée, ce qui serait dommage. C'est si joli: Jordane, un nom de fée.

                  Cette rivière je l'ai découverte au temps du lycée. Nous étions scouts, enfin éclaireurs de France. C'est la même chose avec la messe en moins. Nous apprenions à marcher avec une carte, à dormir à la dure, à bâtir un bivouac et surtout à partager, la bouffe et les émotions. Quand on a sept ans et que l'eau rentre sous la tente par un gros orage, parce que les campeurs ont eu la flemme de creuser un fossé efficace, ça forme la jeunesse.

                   Du moins c'est ce qu'on croyait. Je n'ai pas gardé le souvenir de mes copains de cette époque pour le vérifier mais je parierais volontiers sur la formation positive des esprits et des corps héritée du scoutisme. Le championnat du monde des jeux vidéos dont la presse nous rebat les oreilles ces derniers jours a beau avoir un grand succés dans la jeunesse, je ne lui donne pas tant de crédit pour la formation des âmes claires.

                     Errer en suivant les chemins sur les bords de la Jordane un dimanche était un vrai bonheur. Les marguerites poussaient à foison sur les talus. Ça et là un coquelicot rougissait dans les blés. Nous nous sommes jetés avec délices dans l'eau froide. En passant la main sous le bord j'ai même senti filer un poisson, peut-être une truite. Je ne me souviens plus du prénom de la guide, les scouts des filles, qui nous a rejoints dans la baignade, elle avait la poitrine qui pointait sous la chemise et tous les scouts auraient aimé la caresser.

                    Va savoir. Elle aurait pu s'appeler Jordane. 

31 octobre 2023

Prière

                                                                  Demande

                C'est le  simple titre d'un roman dont je me suis souvenu dans ces temps troublés: La demande. Vous l'avez peut être déjà lu, rappelez vous ce vieux maître italien hébergé par un roi sur les bords de Loire et sa servante. Si ce n'est pas le cas votre libraire doit le connaître. Parlez lui de Michèle Desbordes.

                Je me souviens qu'elle a disparu peu de temps après la parution de son titre, avant de partir elle a assuré l'essentiel. Pendant ce temps la Loire suit toujours son cours tranquille. Si vous parcourez  les critiques vous verrez que le langage de cet auteur ressemble à la beauté de ce fleuve. Impavide émotion.

                Dans le même temps, comment y échapper, les échos sinistres résonnent à nos portes. Le masssacre insupportable du 7 octobre et la vengeance déchaînée sous le couvert du droit de se défendre conduisent les combattants au néant.  N'ont-ils pas d'autre issue que l'abîme ? 

         N'est pas Mandela qui veut pour proposer le pardon du silence aux bourreaux afin de forcer ainsi la réconciliation des peuples. Les dirigeants armés devraient méditer les leçons de Marc Bloch qui remit debout l'histoire des petites gens avant d'être assassiné par les nazis. Fier d'être Français, je le suis avec lui.

             Dans le même temps coule la Loire ou du moins ce qu'il en reste. Comme la plus humble des servantes nous transformons la demande en prière obligée. 

             Cessez ! Cessez la guerre.  

2 septembre 2023

Absence

                                                      Absence   

               Le sujet est tellement vaste qu'on tourne autour sans oser l'aborder. Pensez donc, l'absence couvre tant de chapitres, depuis le constat prosaïque de ce qui nous a provisoirement échappé jusqu'à la maladide neurologique qui annonce parfois le pire, Alzheimer et consorts. On fait semblant de l'ignorer mais il faut  bien faire avec.

                On n'y pense pas toujours mais l'absence nous accompagne sans cesse. Depuis les amis disparus de notre prime jeunesse jusqu'à nos amours oubliées qui furent pourtant si proches, Dieu sait qu'on en a semé des êtres chers. Tiens untel je l'ai aimé et qu'est-il devenu?" Si ça se trouve il vit très bien sans vous. C'est le mystère de l'absence, elle cache parfois de bonnes choses.

                   J'ai entendu l'autre jour à la radio un psychanalyste plutôt âgé qui parlait de la vieillesse en regrettant :"je ne parle plus qu'avec des morts". C'est terrible quand on y  pense. Plus on dure et plus on est seul. Faible consolation, les enfants et petits enfants ne nous soulagent pas de tous ceux que nous avons perdus, les amours les amis...et même les emmerdes. Tout ça c'est la vie, ça nous quitte doucement, sans qu'on s'en aperçoive.

                  Il ne faut pas négliger le bon côté des choses. L'absence nous arrange parfois sacrément. On a même fait un sujet de film des grands-parents indignes ravis de siroter seuls leur whisky en apprenant que leurs enfants remettent leur visite aux calendes grecques. Ce n'est pas qu'ils ne les aiment pas, mais le garçon a tendance à casser tout ce qu'il touche et leur fille a décidé sans raison que tous les bijoux de sa grand-mère sont à elle.

                    Il y a même des absents dont on se réjouit. Les despotes éclairés se font rares, de nombreux pays sont gouvernés par des barbares qui assurent leur pouvoir au prix de lla vie de leurs voisins ou de leurs peuples. Que l'un d'entre eux chute nul ne s'en émeut. On croyait à la fin des guerres et des aventuriers les régénèrent. Comment y mettre un terme ? L'absence serait bien nécessaire.

                   L'absence c'est aussi le son du silence. Dans le calme des soirs on se laisse bercer par l'oubli. Après tout rien ne nous empêche de jouir de ce qu'on a ou de ce qui nous reste. La mémoire, est-ce vraiment utile ? "Le bonheur est dans le pré, cours y vite, cours y vite".

 

23 août 2023

Orbieu

                                                      Adieu à l'orbieu

             Pour certains l'origine de ce nom merveilleux serait l'or bleu, l'eau rare des Corbières. Je crois plutôt que ce mot vient de l'orbe, le cercle décrit par les méandres de la rivière. Dans tous les cas je n'irai plus me balader sur les rives de l'Orbieu. Ce n'est pas tant qu'il ne coule plus à cause de la canicule, c'est la cousine qui m'hébergeait tous les ans qui nous a quittés.

               C'est terrible l'absence, ça vous coupe l'envie de rien entreprendre. Les lieux sans la présence de celui qui les vivait n'ont plus de sens. Sans la cousine, vous l'ignorez peut-être aussi, je n'aurais jamais su que les troupes de Charles Martel ont battu les Ommeyades en 737 sur les bords de la Berre. Les Francs leur ont coupé la route de Narbonne, il est même des bons esprits pour prétendre que cette bataille fut plus décisive que celle de Poitiers pour arrêter la conquête.

              Tous les ans j'allais à sa rencontre et j'en profitais pour me baigner dans l'Orbieu. Allongé dans le lit de la rivière, les doigts de pied en éventail, je regardais le ciel. Allez savoir pourquoi l'air n'est plus le même quand on a les pieds dans l'eau. J'avais cette habitude depuis ma jeunesse, il va falloir m'en passer. Le ciel là bas a perdu sa couleur. La cousine a bien fait de partir avant les incendies.

                 Juste à côté un paysan a arraché une partie de ses vignes et planté un verger d'amandiers. Sage décision. Le vin des Corbières est trop fort à cause de la chaleur, la monoculture de la vigne a tué les paysages. Les amandiers c'est bien plus plaisant aux amoureux disait Brassens. Au bord de mer la monoculture des touristes fait pareil avec le sable envahi de serviettes, la nature s'en va. La criste marine ne pousse plus que dans des zones inaccessibles.

                 De vrai, il restait bien la montagne d'Alaric que frôle l'Orbieu dans sa course mais elle est envahie par une chasse au trésor. D'ailleurs  on ne sait pas s'il s'agit du vainqueur de Rome ou de son fis Alaric II qui serait enterré là. Les visiteurs s'en fichent, c'est un vieux souvenir.

               Dans mille ans peut-être, s'il y a encore de l'eau dans l'Orbieu, un jeune homme viendra se baigner, les doigts de pied en éventail pour contempler le ciel.

19 août 2023

Sorciers

                                                                  Hawaï

                 Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. Ces mots ont été prononcés par un Président cinquante ans après qu'un ingénieur avisé, René Dumont, nous ait alertés sur les dangers que courait la planète habitable. Chirac a fait ce qu'il a pu, c'est à dire pas grand chose comme d"habitude. Nos dirigeants auraient-ils passé, comme les sorciers d'antan, un pacte avec le diable pour laisser consumer les peuples.

              L'autre jour j'ai regardé des images sur les incendies à Hawaï. Pour la première fois j'ai vu s'enflammer un pin et la végétaion au milieu des maisons sans cause visible, que la chaleur, j'ai pensé qu'on avait changé de dimension. Dans le pays le plus puissant et le plus sophistiqué du monde on cramait, on mourait en pleine ville sans pouvoir rien faire. Même ceux qui se sont jetés dans la mer n'ont pas tous survécu.

             Au Canada le gouvernement semble avoir renoncé de lutter contre les incendies. Jusqu'où iront-ils ? La seule parade utile est d'évacuer les habitants. L'an dernier c'est en Australie qu'on ne savait plus à quel saint se vouer, les sorciers menaient le bal. Ténérife mais aussi l'Espagne et le Portugal ne valent guère mieux que la Grèce. Ne le dites pas trop fort il faut ménager les touristes. Combien de temps leur reste-t'il ?

            A Paris il aura suffi de 15 jours maussades pour que les journaleux bien intentionnés se moquent des écolos excessifs et catastrophistes. Pas de bol, pendant que le chef appelle à l'union on meurt de soif à Bormes les mimosas et la moitié du pays se met à chauffer. Inaltérable, le bavard parle de tout et de rien. Normal, il ne peut pas grand chose et n'a pas l'intention de pouvoir.

             C'est un peu comme si tous les responsables tétanisés attendaient en priant de passer à travers. Aucun ne voudrait commencer le premier de peur de perdre des parts de marché. A ce compte là ils vont disparaître et nous avec eux. La fuite en avant c'est comme la guerre, quand ça arrive on risque de tous sombrer.

             Tous croient dans leur bonne étoile mais les sorciers n'existent pas disaient les mamans à leurs enfants.

       

 

 

 

 

 

 

9 août 2023

Canicule

                                                                   Canicule

                       On a chaud et ce n'est pas fini. S'ils l'avaient su les latins l'auraient appelée chienlit plutôt que petite chienne, canicula. Dire qu'il y a encore des gens pour croire que ce n'est qu'un malaise passager, c'est incroyable. D'ailleurs tous les responsables politiques ne proposent rien sinon de beaux discours pour dissimuler leur incapacité à changer de logiciel néolibéral. Surtout ne pas fâcher ceux qui paient. Les agriculteurs qui en majorité réclament d'être servis les premiers en eau, les pétroliers qui continuent à investir dans de nouveaux puits, les autoroutiers... Rendez vous compte on va gagner 10 minutes entre Toulouse et Castres.

                     Sincèrement, j'aurais aimé me taire et consacrer ces lignes à un thème poétique, mais ce n'est plus possible. Certains vont payer le prix fort très vite. Les pauvres n'ont pas la clim, la montée des eaux va chasser les paysans du Bengladesh de leurs terres, le Sahel devient inhabitable et les seigneurs de la guerre en profitent. Les poissons mangent des résidus de plastique et la pêche se meurt. Nous on croit qu'on va passer à travers ou que ce sera supportable.

                        Pas sûr ! Certes les 1% les plus aisés qui polluent en moyenne quatre fois plus que tous les autres vont continuer, ils ont les moyens de payer, provisoirement, parce qu'ils refusent de le savoir, mais ils sont aussi menacés. Des mesures cosmétiques seront annoncées dans la presse en faisant appel à tous les autres, vous, moi, ça ne sert pas à grand chose mais ça fait bonne impression. Poutine peut bien balancer toutes les saloperies du Dniepr dans la Mer Noire on ne va pas lui envoyer l'Otan pour ça. Il n'est pas si loin le temps où on le recevait à Versailles, quand Macron ne voulait pas le fâcher. 

                      La barbarie frappe à la porte sous toutes les formes. La police est effectuée par des robocops aux rapports bizarres avec les citoyens. Ils les protégent parfois et parfois les dépriment, où pire. Mais où sont les gardiens de la paix d'autrefois ? Disparus. La démocratie n'est plus que l'ombre d'elle même. Il paraît qu'on n'en a plus besoin. Si, pour le 1% déjà cité. Les autres, qu'ils se débrouillent.

                     8 milliards. Nous sommes 8 milliards. A ce compte là la planète n'est plus bleue, pas même rouge des incendies mais grise des fumées qui ont envahi Shangai ou New Delhi. Quand tu vois le front de mer de Rio ou des pays du Golfe tu prends peur. Comment on vit là dedans? Mystère. On croyait avoir du temps. A la vitesse de la disparition des glaciers rien n'est moins sûr. Le spectacle pitoyable des émigrés renvoyés de Tunisie en plein désert Ethiopien risque de se multiplier. Notre Méditerranée chérie un cimetière. L'Anglais envoie les siens au beau millieu du Pacifique. 

                   L'an prochain on va dit-on recevoir 100 millions de visiteurs pour les Jeux. Si la réception ressemble à l'accueil des supporteurs anglais au stade de France on leur souhaite bonne chance avec l'ambiance lacrymo. Le bon sens, la bienséance, la courtoisie, le bien être, le sens commun, tout ça c'est des mots qui n'ont plus de valeur dans les gazettes.

                        A quoi demain va ressembler la République? Chaud. Il va faire chaud on vous dit.  

29 juillet 2023

Montagnette

                                                              La Montagnette

                Je me suis toujours demandé pourquoi on l'appelait ainsi. C'était une simple maison du dimanche, à peine en retraît de la route d'une cinquantaine de mètres, adossée à une colline peu élevée. Mais de montagne, petite ou grande, point. Sans doute un abus de langage de l'heureux propriétaire.

                   Il s'appelait Rossignol. Encore une curiosité. Peut-on imaginer plus beau nom, ceui d'un oiseau au chant nocturne aussi flamboyant que doux au coeur des amoureux et en même temps difficile à porter. Rossignol, au collège c'est un coup à se faire interroger en premier tant le prof aura envie de voir votre tête de bon matin. Ils étaient sympa les Rossignol, Ils nous invitaient très souvent à la Montagnette, l'été, quand il faisait trop chaud pour rester en ville.

                 On prenait la route nationale en remontant la vallée, juste après les maisons il y avait trois virages, là où les maquisards avaient attaqué un détachement allemand. Pour se venger ils avaient fusillé tous ceux qui passaient et avaient brûlé les fermes. Des plaques avec le nom des morts rappelaient le drame. Après c'était plus tranquille, une longue ligne droite a la fin de laquelle on trouvait la Montagnette.

                     On ne voyait pas la maison de plain pied. En fait c'était un ilôt de fraîcheur au milieu des arbres. Les Rosssignol venaient en citroen 15. Ils en étaient très fiers. Rappelez vous c'était celle dont les portes ouvraient vers l'avant. Il fallait y penser, hein l'ingénieur! Un jour on a perdu une roue qui a rebondi jusqu'au trottoir. L'essieu n'a même pas touché terre. On n'a eu que la peine de la remettre et de bien serrer les écrous. C'était une sacrée bagnole la 15, pas comme la 11 qui avait la même tête mais le moteur faiblard.

                   A la montagnette on passait l'après midi à blaguer et à boire des coups. Certains dimanches le camion des pompiers cornait juste en face et s'arrêtait de l'autre côté de la route. C'est un endroit où il y avait des trous dans la rivière. Les gens venaient se baigner après un repas trop arrosé. Trop souvent l'un d'entre eux faisait un malaise. J'en ai vu plus d'un qui ne se relevait pas malgré le bouche à bouche et les massages.

                  Vers les cinq heures le père Rossignol descendait à la rivière avec sa canne à mouche en bambou refendu. Des cannes il en avait une demi douzaine mais il prenait toujours la même. C'est comme ça, il y a des objets qu'on préfère.

                 De temps en temps, pas toujours, il revenait avec une truite et annonçait : "elle a voulu se suicider." C'était le soir à la Montagnette, la fin  du dimanche entre amis.  

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